Les Aztèques |
À l'époque de l'arrivée des Espagnols au début du XVIe siècle, les Aztèques étaient à la tête du plus grand empire qui ait jamais existé en Mésoamérique.
Cette petite tribu chichimèque faisant partie du grand groupe des peuples de langue nahuatl était arrivée fort tard dans la vallée de Mexico après de nombreuses tribulations et s'était fixée sur un îlot du lac Texcoco. En un siècle, les Mexicas (le nom que les Aztèques se donnaient eux-mêmes à partir du commencement de leur vie sédentaire), avaient fait de la petite cité de Tenochtitlan, située à l'emplacement de Mexico, l'actuelle capitale du Mexique, une immense métropole, qui dominait, avec les autres membres de la Triple alliance un empire s'étendant du territoire huaxtèque au nord jusqu'à l'isthme de Tehuantepec au sud.
Société
À l'origine, la structure tribale des Aztèques, lorsqu'ils n'étaient qu'une tribu chichimèque, était fort simple et basée sur l'existence de clans. Au moment de la conquête espagnole, par contre, la société était en train de se stratifier.
Au sommet de la pyramide sociale, on trouvait les « tecuhtli » (« seigneurs »), que les chroniqueurs espagnols appellèrent généralement « caciques » (un terme qu'ils avaient emprunté au langage des indigènes des Caraïbes).
En principe élus à des fonctions administratives, militaires ou religieuses, ils étaient généralement désignés par le Tlatoani (voir ci-dessous) au sein d'une même famille. Pour assurer les frais souvent élevés de leur fonction, ils bénéficiaient des revenus des terres qui leur étaient attribuées et recevaient en outre une part des tributs prélevés sur les peuples de l'empire.
Comme l'État aztèque était essentiellement militariste, les charges les plus prestigieuses étaient militaires. Seuls pouvaient y aspirer ceux qui s'étaient distingués au combat.
Au moment de l'arrivée des Espagnols, ce groupe était en voie de devenir une « noblesse » héréditaire : leurs enfants faisaient automatiquement partie des « pilli » (sing. « pipiltin »).
À l'origine, le mot signifie d'ailleurs simplement « enfant » en nahuatl.
À ce titre, ils avaient accès aux meilleures écoles, appelées calmecac.
Comme ces écoles formaient les prêtres, les pilli formaient donc également le gros de la hiérarchie religieuse, même si la prêtrise était accessible aux membres des classes inférieures. Notons qu'un pipiltin pouvait perdre sa position, s'il ne se distinguait pas du tout à la guerre.
Les « macehualtin » (sing. « macehualli »), c'est-à-dire les gens du commun formaient le gros de la population. Groupés en « calpulli » (l'unité sociale de base), ils cultivaient la terre. Les terres appartenaient collectivement aux calpulli et chaque famille en recevait une parcelle en usufruit.
Comme ils accomplissaient un service militaire, il existait une certaine mobilité sociale :
le guerrier qui se distinguait au combat en faisant quatre prisonniers pouvait s'élever dans la hiérarchie sociale.
Les prouesses guerrières donnaient par exemple le droit de porter tel ou tel type de vêtements (voir image ci-contre). La tenue vestimentaire permettait en effet de distinguer la place d'un individu dans la hiérarchie sociale :
si tous portent le même vêtement, à savoir une cape ou manteau appelé « tilmatli », celui des macehualtin était en fibres de maguey, alors que les pilli portaient une cape en coton.
Le tilmatli des pilli descendait jusqu'aux chevilles, alors que celui des macehualtin ne descendait que jusqu'au genou.
Au-dessous des macehualtin, existait une catégorie de déclassés appelés « mayeque », qui ne faisaient partie d'aucun calpulli et cultivaient les terres des seigneurs. Un macehual qui ne remplissait pas ses obligations était susceptible de régresser dans cette catégorie.
L'esclavage existait chez les Aztèques. Certains esclaves, capturés à la guerre, étaient destinés à être sacrifiés.
Les autres, appelés « tlatlacotin », pouvaient l'être devenus pour des raisons diverses : pour avoir commis un délit, ou encore parce qu'ils s'étaient vendus eux-mêmes ou avaient été vendus par leurs parents, lors d'une famine par exemple. Ils semblent avoir été bien traités. Ils pouvaient se marier et leurs enfants étaient libres.
Il existait une catégorie particulière, celle des marchands appelés « pochteca », qui fournissaient Tenochtitlan en produits exotiques. Ils formaient des caravanes et partaient pour des expéditions lointaines jusqu'à l'isthme de Tehuantepec. ils habitaient leurs propres quartiers, se mariaient à l'intérieur du groupe et avaient leurs propres tribunaux. Servant souvent d'espions, ils étaient également appelés à combattre dans les lointaines contrées hostiles où ils s'aventuraient.
Leur position sociale était ambiguë. Le caractère semi-militaire de leurs activités leur conférait des avantages sociaux par rapport aux macehualtin : ils avaient certes le droit de porter des bijoux en or et des vêtements luxueux lors de leurs fêtes, mais en dehors de ces circonstances exceptionnelles, ils devaient conserver une attitude humble pour ne pas heurter les pilli.
Économie Aztèque
Dans la société aztèque, le commerce était extrêmement développé. Une circulation de biens entre les hautes terres productrices de maïs, de haricots, etc., et les basses terres côtières tropicales beaucoup plus riches et qui fournissaient le cacao, le coton, les plumes d’oiseaux pour les parures, etc., donnait lieu aux activités d’une classe spécialisée de marchands, les pochteca. Cette circulation marchande doublait la circulation des mêmes produits sous la forme du tribut à l’État aztèque.
Dans une lettre célèbre à Charles Quint, Hernan Cortez décrivit les immenses marchés de Tenochtitlan. Sur ces marchés, chaque produit avait un lieu de vente déterminé. La vente se réalisait à la pièce ou à la mesure. Les jours de marché étaient fériés. Des tribunaux spéciaux, contrôlés par les marchands, tranchaient les conflits entre vendeurs et acheteurs et le chef des marchands fixait le prix des marchandises. Il était interdit de vendre les produits en dehors des places de marché.
Les commerçants jouissaient de grands privilèges politiques et économiques. Mais ils étaient mal jugés s’ils faisaient étalage de richesse et de gloire. On attendait d’eux un comportement « humble » et parfois les biens des commerçants riches étaient confisqués par l’État. Les marchands étaient dispensés du service personnel et de la participation aux travaux publics organisés par l’État.
Si l’on compare cette situation avec celle qui régnait chez les Incas, on s’aperçoit que chez ces derniers la production était plus strictement organisée par le pouvoir central et que cette économie centralisée ne laissait guère place au développement d’une classe de marchands.
Tlatoani
Le mot « tlatoani », qui désigne le souverain aztèque, peut être traduit par « celui qui parle » (du verbe nahuatl « tlatoa » (« parler »). Pour le désigner, les Espagnols, qui tentent d'adapter cette fonction à leurs références européennes, emploient le mot « empereur ». Lorsqu'il est représenté dans les manuscrits indigènes, on le distingue entre autres par la volute qui se dégage de sa bouche et qui indique la parole.
À la veille de la conquête espagnole, son pouvoir était devenu semi-divin mais il était choisi par un grand conseil. Il devait remplir ses devoirs envers les dieux et protéger le peuple aztèque. Le cihuacoatl et les grands dignitaires étaient ses conseillers intimes. Il avait en charge tout ce qui concernait les affaires extérieures à la cité. (À Texcoco, le tlatoani régnait sans cihuacoatl mais était entouré de quatre conseils : gouvernement et justice, finances, guerres et musique).
Cihuacóatl
Le Cihuacóatl, dont le nom signifie littéralement « femme-serpent » et qui représente la divinité du même nom, était le deuxième personnage de l'État aztèque après le Tlatoani. Son rôle était limité à la sphère de la cité.
Tlacaelel est le personnage le plus célèbre à avoir exercé cette fonction. Il fut le principal conseiller des empereurs Itzcoatl, Moctezuma Ier (son frère) et Axayacatl.
Tlacocan (lieu de la parole)
Le Tlacocan, ou Grand Conseil, était consulté avant toute décision importante et pouvait refuser jusqu'à trois fois une proposition de l'empereur. Ses membres étaient désignés par le souverain ou recrutés par cooptation.
Grands dignitaires
On y trouvait les chefs de l'armée avec aux premières places le tlacateccatl (« qui commande les guerriers ») et le tlacochocalcatl (« préposé à la maison des javelines »).
Fonctionnaires
Moins importants que les précédents, ils s'occupaient des différentes tâches administratives concernant la police, les greniers et magasins où s'entassait le tribut. Le uey calpixqui (que les espagnols traduisaient par « grand majordome ») servait à la fois de préfet de la capitale et de ministre des finances.
Religion
Les dieux, selon les croyances en vigueur au Mexique à l'époque aztèque (XIVe siècle de notre ère), ont successivement créé plusieurs mondes, chaque fois anéantis.
La religion aztèque comportait un grand nombre de dieux, en particulier pour tous les phénomènes naturels, ainsi que pour la vie quotidienne.
On peut en particulier citer :
Les origines des Mexicas et la fondation de Tenochtitlán
En moins de 200 ans, un humble peuple nomade chassé par plus puissant que lui, devint le maître de la vallée de Mexico et de ses environs. Ils attribuaient leur succès à Huitzilopochtli et adoraient conter la glorieuse épopée de leur longue errance dans le désert.
L'"empire" qu'ils bâtirent rapidement et la soumission des nations occupant ce territoire trouvait leur légitimité dans le fait que les Tenochcas (autre nom pour désigner les Aztèques) étaient d'après eux-mêmes le peuple élu du soleil pour diriger le "monde".
De nombreuses tribus (notamment les Toltèques), qui peuplèrent les plateaux du centre avaient une même origine, le Chicomoztoc ("lieu des sept cavernes" en nahuatl) d'où elles seraient parties les unes après les autres.
Les Aztèques seraient également venus de cette caverne mais ils auraient au préalable quitté Aztlán, cité mystérieuse construite sur une île qui a donné son nom à ce peuple, probablement situé à ce qui correspond au Nord-Ouest du Mexique actuel.
Leur départ semble se faire en l'an 1-couteau de silex (1116).
Guidés par Huitzilopochtli, ils erreront pendant plusieurs générations avant de se fixer sur les rives du lac Texcoco, à Chapultepec. Établis à Chapultepec, les Aztèques tombèrent sous la domination des Colhuacas. Ils ne tardèrent pas à se révolter et sauvèrent leur vie en se réfugiant dans les zones marécageuses du lac.
Selon la légende, en un endroit désigné par Huitzilopochtli, un rocher portant un cactus où se tenait perché un aigle mangeant un serpent, ils fondèrent leur capitale Tenochtitlán, l'année 2-maison (1325).
Empire aztèque
Deux souverains de Texcoco surent garder son influence à la troisième ville de la Triple Alliance qui devint la capitale intellectuelle de l'empire :
Nezahualcoyotl, protecteur des arts et des sciences et Nezahualpilli, qui mit en application les idéaux de son père Nezahualcoyotl.
Chronologie de la conquête espagnole
Les causes de la défaite
L'inégalité des armes : des cuirasses d'acier, des arquebuses et des canons, des cavaliers et de grosses embarcations contre des armes en obsidienne et en silex, des boucliers et des protections légères ornées de plumes et des déplacements à pieds ou en canoë. Les Espagnols pratiquent une guerre de destruction, ils recherchent les richesses et les esclaves.
Les Aztèques pratiquent des affrontements aux règles strictes destinés à faire des prisonniers et pas à tuer.
La variole, maladie transportée d'Europe en Amérique par les Espagnols.
L'appui des peuples mécontents de la domination mexica (Totonaques, Tlaxcaltèques, Otomi).
L'indécision initiale de Moctezuma qui croyait assister au retour de Quetzalcoatl. Moctezuma, hanté par l'antique prophétie et par de mauvais présages, se prépara à livrer son empire. Il ne cessera d'hésiter sur la conduite à tenir.
Le facteur de surprise et de peur. Devant l'ennemi et leurs nouvelles technologies, les différents peuples amérindiens du continent faisaient face à une nouvelle domination. Le bruit du tonnerre entre les mains, les conquistadores maîtrisaient les foules en délire. Devant la destruction des lieux saints, la profanation des cultes et l'élimination des différentes idoles, l'absence de réponse divine ne faisait qu'accentuer le pouvoir des espagnols et la peur des conquis.
Organisation militaire aztèque
Armée aztèque
Les Aztèques étaient des très grands guerriers, et les soldats voyaient leur statut social s’élever lorsqu’ils se distinguaient au combat et montaient en grade. Devenir guerrier aigle était l’une des distinctions les plus honorifiques.
Ces hommes portaient des coiffes colorées, ornées de plumes d’aigle et des costumes qui mettaient en valeur leur allure militaire. N’étant pas gênés par de lourdes armures, ils se déplaçaient promptement. Ils constituaient ainsi les troupes légères et rapides de l’armée aztèque, qui bondissaient sur l’ennemi.
Toutefois, ils étaient fort désavantagés lors des combats contre les Européens équipés d’armures et d’armes métalliques.
D'autres guerriers portaient des coiffes à l’effigie du jaguar et des vêtements imitant la fourrure de cet animal, choisi comme totem pour ces guerriers car il s’agissait du plus féroce des prédateurs de la jungle d’Amérique centrale. Cette unité faisait sans doute office d’infanterie lourde et servait à attaquer le principal corps ennemi. Elle était certainement avantagée dans les combats contre les troupes légères prises par surprise ou assez insensées pour l’attaquer.
Lors des combats, ils se servaient d’une massue à lame d’obsidienne, la macana. Bien que n’ayant pas la force de pénétration des armes métalliques, la macana pouvait être tranchante comme une lame de rasoir. Les Macehualtins étaient l'infanterie de base qui pouvaient évoluer vers la dénomination de chevalier-jaguar après avoir capturé plusieurs ennemis et s'être illustré au combat.
Principes guerriers
Les Aztèques se battaient pour conquérir plus de terres et pour faire des prisonniers. En effet, ils pratiquaient les sacrifices humains, de ce fait, les Aztèques avaient besoin de "victimes".
C'est pourquoi ils partaient en guerre contre les peuples périphériques de l'empire. Leur tactique était simple : effectuer des raids rapides et efficaces dans le but de faire un maximum de prisonniers mais, dans ses désirs d'expansion, l'empire aztèque s'engageait dans de longues guerres en territoires ennemis.
Il avait donc besoin de guerriers résistants et déterminés.
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