Les Celtes |
Les Celtes constituent une civilisation protohistorique de peuples émigrants à travers toute l'Europe et en Asie.
Les Celtes possédaient une culture riche qui sut s'épanouir pendant l'Âge du fer et développer un art tendant à l'abstraction dont la valeur est aujourd'hui reconnue. La culture celte survécut jusqu'au Moyen Âge en Irlande, avant de disparaître avec l'évangélisation de l'île par saint Patrick au Ve siècle. Les Celtes appartiennent à la famille des peuples Indo-européens.
Ne connaissant pas d'unité politique, les Celtes étaient une myriade de peuples possédant des lois, des coutumes et des rites différents. Ils sont surtout connus dans les textes antiques grecs et romains (en particulier grâce à César) pour leur valeur guerrière, leur caractère emporté, leurs sempiternelles luttes intestines et pour les mystères de la mythologie celtique.
Les Celtes ne constituèrent pas une civilisation sanguinaire et destructrice comme les auteurs anciens l'ont souvent écrit, bien qu'ils soient connus pour avoir pratiqué les sacrifices humains et pour avoir voué un culte aux têtes coupées, notamment chez Diodore de Sicile.
C'est probablement leur incapacité à s'unir et à fonder des entités politiques plus vastes que la cité ou la confédération de peuples qui les a perdus : il semble qu'à l'instar des Grecs archaïques, les Celtes aient eu horreur du centralisme et n'aient connu que des alliances temporaires, fondées sur le clientélisme (voir l'article « Gaulois »).
L'histoire des Celtes est marquée par une succession de conquêtes et de migrations (jusqu'au IIe siècle av. J.-C.) qui les menèrent jusqu'en Asie mineure.
Après une suite de revers militaires lors de la guerre des Gaules de -58 à -51, tous les peuples celtes se sont soumis aux Romains, hormis dans les îles britanniques et en Irlande.
Étymologie
On ne connaît pas le ou les noms par lequel les Celtes se désignaient eux-mêmes en tant que peuple, si tant est qu'ils le faisaient. Le mot « celte » nous est parvenu par les civilisations externes qui les ont côtoyés. Parmi les principaux témoignages (Strabon et autres), notons celui de Jules César :
Jules César dans son ouvrage De Bello Gallico.
Qui se nomment dans leur propre langue Celtes et dans la nôtre Gaulois. […]
Le mot « celte » peut être un dérivé de différents mots :
des mots indo-européens "« kel-kol »" qui signifie « colonisateur » ou « keleto » qui veut dire « rapide » en référence à leurs fréquents déplacements rapides à cheval ;
plus tard, ces mots seraient devenus les mots grecs keltoï ou Galates (grecgalatai) qui signifie « envahisseur » ;
encore plus tard, galate est devenu galli en latin puis « Gaulois » en français.
Les Celtes sont apparus dans l'Histoire au travers de textes postérieurs, rédigés par leurs ennemis (comme la Guerre des Gaules, de Jules César) et/ou d'après le souvenir de leurs victimes (ils assiègent le Capitole et pillent le sanctuaire panhellénique de Delphes au IVe siècle av. J.-C.), ce qui leur valut la description de barbares sanguinaires qui a été mentionnée plus haut.
Il faut attendre près de deux siècles pour que - la plupart de ces peuples en mouvement s'étant déjà fixés depuis longtemps - les sources nous livrent une profusion de détails géographiques et culturels qui ne sont plus directement en relation avec le bellicisme celtique. Ainsi, les limites géographiques des peuples celtiques sont mieux connues à l'époque de la république romaine tardive (Ier siècle av. J.-C.), au moment même où les Celtes sont pris en tenaille sous les assauts conjugués des Romains et des Germains.
Voici une liste, non exhaustive, des principaux auteurs anciens qui nous renseignent sur les Celtes :
Les sources historiques ne constituent qu'une approche du domaine celtique, et l'on reste au niveau de l'approximation. C’est par l'étude de la littérature irlandaise médiévale que l’on comprend la spécificité celtique, dans l'Antiquité. L'Irlande n’a pas connu la romanisation, et de par son insularité, la civilisation celtique a perduré jusqu’à l’arrivée de saint Patrick au Ve siècle et bien au-delà. (par la langue, le mode de vie etc.)
Henri d'Arbois de Jubainville a recensé, en 1883, 953 manuscrits irlandais dans les bibliothèques, sans prendre en compte ceux qui sont conservés dans des collections particulières.
Ces textes datent de différentes époques, le plus récent est du XVIIIe siècle ; cependant l'archaïsme de la matière est indépendante de la date du document. Il arrive aussi qu'un texte du XVIIIe siècle soit la retranscription d’un texte du VIIe siècle, ou que tel Livre soit la compilation de récits connus par ailleurs. Cette littérature comporte quatre catégories :
le cycle mythologique, le cycle héroïque d’Ulster, le cycle de Finn et le cycle historique.
Outre la difficulté linguistique (irlandais ancien), il convient au philologue de retrouver le substrat archaïque des Celtes de l'Antiquité, dans un contexte fortement christianisé.
Certains faits, certains mythes ont été remaniés de façon à correspondre aux dogmes de l'Église. D'autres éléments, du fait de leur ancienneté, étaient simplement incompréhensibles pour les copistes, la retranscription devient parfois aléatoire.
Les travaux de ces dernières décennies ont considérablement modifié l'approche que l'on doit avoir du sujet, notamment avec l'étude comparative dans le cadre des Indo-européens. Cela se ressent dans les domaines de la mythologie, du druidisme, de la structure de la société. Ces sources littéraires précisent et confirment ce que nous avons appris des sources historiques, et sont aussi utiles aux études archéologiques.
Guerrier de Vachères
L'archéologie nous renseigne sur un autre aspect important du monde celte : l'importance de l'artisanat, qui explique aussi une domination des arts mineurs, tels que l'orfèvrerie, dans les arts celtiques.
De plus, nombre des innovations du monde celte qui ne sont pas des œuvres d'art, telles que l'enclume ou le tonneau connurent un succès mérité dans le monde romain.
Une statuaire celte est connue, qui a longtemps été cantonnée au sud-est de la Gaule (Roquepertuse, Entremont, guerrier gaulois de Vachères) et dont on supposait qu'elle était due à l'influence proche de Marseille grecque. L'invention d'une statue originale à Glauberg (Allemagne) démontre que cette vision des choses est partielle.
Les sources archéologiques ont également permis d'acquérir une connaissance importante de l'armement celtique ou encore, récemment, d'entrevoir un univers spirituel sanguinaire qui s'approche davantage de celui que les textes romains présentaient pour les peuples belges.
Enfin, les objets et les structures livrés par les nombreux oppida (véritables villes-fortifiées comme à Entremont, près d'Aix-en-Provence ou à Bibracte, la capitale des Éduens) ont mené à la conclusion que les Celtes avaient progressivement développé, jusqu'à la veille de la conquête romaine, une civilisation complexe, qui n'ignorait plus l'urbanisme.
Étendue et peuplement du « monde celtique »
Compte tenu de la durée de la civilisation des Celtes, qui s'étend de la protohistoire jusqu'au Moyen Âge, et compte tenu des dimensions de l'espace géographique que les Celtes occupèrent en Europe, il convient avant d'aborder la question du peuplement celtique de rappeler quelles sont les limites connues et communément admises pour le monde « celtique » (la koinè celtique).
Les sources les plus anciennes mentionnent les Celtes, habitant les régions qui vont des Colonnes d'Hercule jusqu'au Danube au milieu du Ve siècle, c'est-à-dire à peu de choses près l'Espagne, la France, le nord de l'Italie, l'Allemagne et l'Autriche :
(où la présence de populations à caractère celtique est attestée).
C'est à la fin du IVe siècle qu'apparaît, encore dans les sources grecques, le terme:
« Galates » pour désigner précisément les Celtes réunis sous l'autorité d'un Brenn (chef) qui se heurtent aux Grecs à partir de -310 (invasions menées entre autre par le chef Molistomos) traversent non sans laisser de traces les Balkans et gagnent l'Asie près de Byzance.
Le contexte dans lequel ce nom est utilisé laisse penser que les intéressés se nommaient ainsi.
Près de deux siècles et demi après, Jules César mentionne les Gaulois, qui se nomment Celtes dans leur langue et qui habitent une partie de la Gaule (les deux autres parties étant peuplées par les Aquitains et par les Belges).
Point commun de ces trois témoignages qui reflètent par ailleurs des réalités et des objectifs différents, l'existence des Celtes est attestée durant ces siècles qui, d'Hérodote à César, constituent ce que les archéologues ont nommé « civilisation de la Tène » (du site de La Tène, sur la Thielle, en Suisse).
À ce « domaine celtique » attesté par les sources historiques, il faut ajouter l'île de Bretagne, également conquise peu après par les Romains et dont César mentionnait la spécificité par rapport à la Gaule. Il faut, enfin, ajouter l'Irlande, de l'âge du fer jusqu'au haut Moyen Âge, telle que la révèlent l'archéologie et la tradition, les textes chrétiens insulaires de cette dernière période.
Celtes ou Gaulois ?
Considérant que le terme Gaulois provient des récits de conquête de Jules César, une définition restrictive des Gaulois se rapporte, pour les archéologues, à ce qui relève des régions continentales relativement proches de Rome (sur les territoires de la France, de la Belgique, de l'extrême ouest de l'Allemagne et de l'Italie du nord), et peuplées par des Celtes entre la fin du IVe siècle av. J.-C. et la fin de la conquête de la « Gaule chevelue » par Jules César (en -51).
Cette définition exclut notamment les Celtes de Bretagne et d'Irlande, les Celtes de Bohême ou Scordisques, mais inclut les Belges, les « Gaulois du midi » (soumis par Rome un siècle avant leurs voisins du nord), et les Gaulois cisalpins.
À contrario, on regroupe sous le terme Celtes les Gaulois (y compris les Belges), les Scordisques (Celtes danubiens), les Celtibères (Celtes de la péninsule ibérique - Espagne et Portugal) les Bretons (Celtes de Grande-Bretagne), les Gallois du haut Moyen Âge, les Celtes d'Irlande ou encore, les Galates d'Asie mineure.
Ethnogenèse des Celtes
Concernant l'origine des Celtes, deux explications extrêmes sont possibles sans qu'aucune donnée archéologique ou historique ne permette de trancher.
Soit une vague de peuplement pré-celtique ou celtique de l'Europe aurait eu lieu, se superposant à un ou plusieurs peuplements antérieurs: le problème de savoir quand et à partir de quel foyer ce peuplement se serait produit se pose alors. Soit une civilisation à proprement parler « celtique » se serait lentement développée par diffusion culturelle sur un fond de peuplement préhistorique antérieur :
dans ce cas, aucun bouleversement ethnique d'importance n'aurait accompagné la « naissance » des Celtes.
Évidemment, la combinaison ou la juxtaposition partielle de ces deux explications est également possible.
En tous cas, les ancêtres des Celtes, peut-être à rechercher parmi les peuples pré-celtiques, furent probablement parmi les premiers Indo-européens à avoir remonté le Danube et peuplé la région alpine. Ces peuplades préhistoriques occupèrent durablement toute la partie occidentale de l'Europe, de l'Écosse au Nord jusqu'à l'Espagne au sud, et des Balkans à l'Est jusqu'à l'Irlande à l'ouest.
La culture des champs d'urnes
Pour de nombreux chercheurs, les origines d'un peuplement qu'on peut réellement associer au nom des Celtes seraient identifiables à partir du IXe siècle, au premier âge du Fer (Civilisation de Hallstatt), dès la fin de la culture des champs d'urnes.
Un changement culturel majeur, en effet, a lieu dans l'Europe préhistorique, vers -1300 : l'exploitation du bronze, et sa production gagnent brutalement en qualité et, dans le même temps, les tumuli (latin – sing. tumulus :
tertres funéraires) sont remplacés par des champs d'urnes :
les sépultures ne se font plus par inhumation mais par crémation.
Les cendres des défunts sont alors placées dans une urne qui est rassemblée avec d'autres. L'expansion de ce mode de sépulture est constatée dans toute l'Europe centrale et occidentale, jusqu'à l'Irlande.
La culture de Hallstatt : premier âge du Fer
Vers -900 à -800, une innovation technologique considérable vient bouleverser une civilisation relativement stable : la métallurgie du fer. Les débuts de cette métallurgie sont connus dans le sud de l'Allemagne, l'Autriche et de l'est à l'ouest de la France : ils semblent associés à l'émergence d'une aristocratie guerrière dont le prestige repose sur l'usage de l'épée et sur la possession d'attelages d'apparat (les premiers chars celtiques).
C'est la Civilisation de Hallstatt (repère H sur la carte ci-dessous). Il faut moins de cent ans pour que ces technologies soient connues dans l'ensemble du monde celtique, preuve d'une grande cohésion de l'ensemble dès cette époque.
Parmi les sites de cette époque, l'un des plus connus est le tombeau de la princesse de Vix, en Côte-d'Or. Les autres sites funéraires très connus, sont situés en Allemagne, notamment la Sépulture de Hochdorf (les autres tombes citées sont de la période de La Tène), réalisés de la même façon (un char, des bijoux en or(torques et bracelets), des pendentifs en ambre provenant des contrées baltiques, des récipients en bronze originaires des Etrusques et des Grecs, et des cratères très importants (seulement à Vix ! ).
Si la prospérité économique initiale du premier âge du Fer, période qui semble avoir été relativement stable sur le plan politique, repose sur un axe commercial nord-sud, situé à l'est des Alpes et reliant la Méditerranée à la Baltique (route du commerce de l'ambre), des changements surviennent dès les VIIIe-VIIe siècles avant notre ère.
Vers -700/-600, en effet, les inhumations sous tumulus se multiplient (elles n'ont jamais disparu depuis l'âge du Bronze ancien), sans doute liées à des changements religieux qui traduisent une dégradation économique.
Les centres économiques originels du premier âge du Fer connaissent à la même période un déclin au profit de nouveaux centres secondaires.
Le site de Hallstatt est brûlé (faux) et ne sera plus réoccupé (non : dure encore à La Tène ancienne !); simultanément, la multiplication de petits oppida (erreur : à partir du IIe siècle av. J.-C.) (latin sing. oppidum : un lieu élevé (colline ou montagne) dont les défenses naturelles ont été renforcées par la main de l'homme) traduisent un état d'insécurité corrélatif à un émiettement de l'autorité politique. Des mouvements de peuples sont alors attestés par les sources grecques : c'est à cette époque qu'est utilisé pour la première fois le terme keltoi pour désigner les peuplades résidant au nord des Alpes.
La culture de la Tène : deuxième âge du Fer
Vers -400 au plus tard, débute en Europe continentale le deuxième âge du Fer (latènien). Elle est caractérisée par une nouvelle civilisation qui doit son nom à un site remarquable : celui de La Tène (repère L sur la carte jointe plus loin), découvert sous les eaux du lac de Neuchâtel, en Suisse. Au même moment, des peuples celtiques se mettent en route à travers toute l'Europe et bouleversent le monde antique.
L'expansion celtique des IVe-IIIe siècles
Peut-être dans le prolongement des bouleversements des VIe-Ve siècles, les Celtes entament au début du IVe siècle une phase d'expansion vers l'Est et vers la Méditerranée.
Tour à tour envahisseurs et pillards redoutés, les Celtes sont à Rome en -390. Vers -350 ils envahissent la future Bulgarie, la Thessalie, Athènes. Ils pillent Delphes et fondent Belgrade. Une ambassade celte rencontre Alexandre le Grand sur les rives du Danube.
En -278, la présence de mercenaires celtiques en Galatie, Asie mineure, est attestée : ils vont jusqu'en Syrie.
Ainsi, c'est durant la deuxième période de l'âge du Fer, celle de la Tène que l'existence des Celtes est réellement attestée par des sources historiques et c'est à la fin du IIIe et au début du IIe siècle qu'ils connaissent leur plus grande expansion géographique.
Ils la doivent sans doute en premier lieu à leur armement en fer. La métallurgie du fer, en effet, maîtrisée à l'époque de Hallstatt, confère une indéniable supériorité militaire et matérielle. Elle constitue dès l'origine, avec la langue, le plus sûr indice d'appartenance au monde celtique. L'expansion de cette technologie est très importante, de l'Europe centrale jusqu'à la mer Noire, en passant par l'Ukraine.
Un autre facteur important semble être leur mobilité. Les Celtes ont d'abord et durant très longtemps une réputation de mercenaires : l'on connaît des troupes de guerriers isolés, mais également celles accompagnées d'une population entière, accomplissant ce que les Romains nomment ver sacrum, c'est-à-dire une migration sacrée. Cette réputation va perdurer. Très réputés même après la défaite d'Alésia, les Celtes serviront dans les armées romaines comme auxiliaires : les cavaliers gaulois.
Parmi l'armement celtique, l'épée longue celtique sera copiée par les Germains qui en feront plus tard l'instrument de leurs victoires sur les Romains.
La cotte de mailles, enfin, est une invention celtique qui sera reprise dans tout le monde antique avant de connaître le succès que l'on sait au Moyen Âge. À côté de cela, les Celtes utilisent la fronde et la lance. L'arc ne se répand qu'au moment de la résistance contre Rome.
Les défaites des IIe-Ier siècles
Aux IIe-Ier siècles avant notre ère, les Celtes sont soumis sur le continent à la pression conjuguée des Germains à l'est et des Romains au sud.
À la suite d'un appel à l'aide de Marseille, menacée par les peuplades celtiques voisines, Rome occupe une partie méridionnale de la Gaule, créant ainsi la province Narbonnaise, durant le dernier tiers du IIe siècle.
Les invasions de bandes armées et la pression démographique des Germains entraînent des migrations de peuples celtiques vers l'ouest, comme celle des Helvètes conduits par leur roi Orgétorix, et suscitent des tensions avec les peuples gaulois.
C'est ce dernier facteur qui provoque la guerre des Gaules et marque la fin de l'indépendance celtique sur le continent à partir de -58.
L'intervention de César aurait alors été motivée, écrit-il, par le désir de renvoyer les Helvètes chez eux afin de ne pas laisser des peuples germaniques d'outre-Rhin occuper le plateau suisse.
Alors qu'en réalité la principale motivation de César était d'empêcher, comme il l'écrit lui-même, l'installation des Helvètes en Gaule de l'Ouest, d'où ils pouvaient menacer la Provincia (Gaule du Sud, conquise par Rome vers 120 av. J.-C.).
Occupée par le conquérant romain qui s'est immiscé dans la politique gauloise, une partie de la Gaule se soulève en janvier -52. Après la défaite à Alésia du chef de la coalition gauloise, Vercingétorix, la Gaule est entièrement occupée. Les derniers opposants sont vaincus en -51 à Uxellodunum où ils s'étaient réfugiés.
Au Ier siècle de notre ère, l'île de Bretagne est conquise à son tour : dès lors, la civilisation celtique ne survit plus qu'en Irlande, dans le nord de l'Écosse. L'Helvétie est germanisée entre le Ve et le VIe siècle. Les populations bretonnes, dont une partie au moins avait conservé l'usage de la langue celtique, et irlandaises se christianisent après le IIIe (le Ve pour l'Irlande) et évoluent pour donner naissance aux irlandais, écossais, bretons, gallois et cornouaillais modernes.
Civilisation
La mobilité des Celtes au second âge du fer (laténien) est attestée par l'archéologie et par de nombreux témoignages grecs et romains écrits entre le Ve siècle et le IIe siècle siècle.
En revanche, il est plus difficile d'aborder la question de l'organisation du monde celtique dès le premier âge du fer (hallstattien) car l'on dispose sur cette époque que de sources archéologiques.
Hallstatt
Durant cette période, le commerce avec la Méditerranée conduit à la constitution d'un véritable réseau de « principautés » s'étalant en arc de cercle depuis l'est de la Gaule jusqu'en Bohême.
Ces principautés dominent chacune un territoire de 30 à 40 kilomètres de rayon (Patrice Brun) : les sites de Vix, de la Heuneburg, et de Hohenasperg nous permettent de situer le cœur de ce phénomène de concentration du pouvoir entre la Bourgogne et le Wurtemberg, du IXe siècle au Ve siècle siècle.
Les échanges commerciaux avec la Méditerranée ont constitué des centres économiques servant de relais vers les régions plus lointaines de l'Europe barbare. Ces centres subissent les effets d'un glissement des routes commerciales de l'est des Alpes vers la plaine rhodanienne à la fin de la période.
Les intermédiaires barbares dans le commerce avec la Méditerranée se multiplient alors et les principautés de la Celtique déclinent rapidement au Ve siècle. Vers la même période, la métallurgie du fer se répand en Grande-Bretagne : l'île était restée jusque là en périphérie de ce système d'échanges européens dont le contrôle était assuré par quelques « princes ».
Second âge du fer (laténien)
Période d'expansion des Celtes
La zone verte suggère une extension probable de l'influence celtique autour de -1000. La zone orange montre la région de la naissance de La Tène. La zone rouge indique une région celtique possible autour de -400
La période d'expansion a eu lien du Ve siècle jusqu'à la fin du IIIe siècle, pendant laquelle s'est formé le domaine celtique proprement dit dans ses frontières les plus larges.
Cette période est caractérisée par une série de migrations et d'invasions par des populations originaires du nord-est de la France et du nord des Alpes :
ces migrations, indice d'une très grande mobilité, conduisent les Celtes dans le nord de l'Italie, en Europe de l'est jusqu'en Ukraine et même, à travers l'épopée des Galates, jusqu'en Asie mineure.
On ne peut toutefois que deviner, à cette période, l'existence de plusieurs « ensembles » dans le monde celtique pour se faire une idée, très incomplète, de son organisation. Les connaissances qui viennent de l'archéologie, en effet, portent surtout sur les caractéristiques unitaires des Celtes :
un art originaire de l'Europe centrale a quand même pu être distingué, qui est l'indice de la formation d'une culture celtique originale et prospère :
celle des Scordisques de Pannonie.
C'est aussi avec le reflux en Macédoine des Celtes qui avaient envahi la Grèce, au IIIe siècle, que se constitue la culture celto-thrace des Taurisques.
Les sources historiques concernent quant à elles essentiellement l'art de la guerre des Celtes : les celtes proposant leur services en tant que mercenaire aux Grecs anciens. Cette pratique est connue à travers plusieurs récits du monde hellenistique, comme celui d'une ambassade auprès d'Alexandre le Grand sur le Danube.
On peut aussi tirer des sources, généralement postérieures, certains traits (légendaires ou non) de la mobilité géographique des Celtes.
À l'origine de cette mobilité, on peut citer la pratique des migrations sacrées, sous la conduite d'un chef de guerre (brenn), avec éventuellement l'incendie de la « ville » d'origine (attesté durant la période suivante chez les Helvètes).
Les raisons exactes de cet essaimage, toutefois, demeurent inconnues, mais elles sont probablement démographiques.
L'étymologie, enfin, nous livre un aperçu de la mobilité des peuples.
Certains noms de peuples, en effet, sont connus en des régions d'Europe fort différentes aux IIIe–Ier siècles :
cela éclaire leurs mouvements aux Ve-IIe siècles, sans que le détail en soit toujours connu :
Période de repli des Celtes
Statue du guerrier celte de Mondragon ( I e siècle)
Le repli des Celtes est provoqué par les conquêtes romaines qui ont eu lieu pendant les IIe siècle et Ie siècle. L'essentiel du monde celtique d'alors est connu principalement à travers l'œuvre à caractère politique de Jules César.
Ce dernier distingue dans l'aire géographique désignée sous le nom de « Gaule », la « Celtique » proprement dite, la « Belgique » occupée par les « peuples belges » (des peuples celtes ou germano-celtiques) et l'« Aquitaine ».
Selon Jules César, les peuples belges présentent alors des traits de caractère plus archaïques que leurs voisins occidentaux : l'archéologie a effectivement mis en évidence leur bellicisme, qu'on peut expliquer par la permanence des traits culturels de la période d'expansion précédente.
Au début de la guerre des Gaules, les Gaulois ont, quant à eux, développé des systèmes fédératifs qui résultent, par le jeu des « clientèles », dans une concentration du pouvoir aux mains de quelques « cités ». Celles, rivales, des Arvernes, des Éduens et des Séquanes dominent clairement la Gaule chevelue à la veille de la conquête romaine.
Pour expliquer cette évolution, il est possible d'invoquer un système plus ancien d'alliances à vocation militaire : celui qui donne naissance aux « fédérations de peuples ». Ce système, qui se serait mis en place durant la période d'expansion des Celtes, aurait perduré avant de se transformer aux IIe et Ier siècles suite à la disparition progressive des conflits internes au monde celtique.
Des exemples de telles alliances sont connus chez des peuples établis à plusieurs centaines de kilomètres les uns des autres, au moment même où Rome conquiert le midi de la Gaule (dernier tiers du IIe siècle).
Ainsi, le roi des Salyens a pu se réfugier chez les Arvernes, ou encore, les Voconces et les Allobroges ont pu former une coalition.
Durant les temps qui précèdent la conquête romaine de la Gaule chevelue, probablement dès la fin du IIe siècle, ces alliances trouvent leur prolongement dans la paix pour des raisons économiques. Elles aboutissent alors à un système plus centralisé que les simples fédérations de peuples : une telle évolution explique la disparition de certaines royautés (chez les Arvernes) ou la distinction d'une oligarchie chez les Éduens.
La naissance de cadres du pouvoir nouveaux en Gaule peut aussi expliquer l'utilisation du mot « cité » (civitas) par Jules César pour désigner une certaine réalité sociopolitique gauloise en -58.
La Gaule peut alors connaître une évolution comparable à celle menant à la naissance de la cité « classique », dans la Grèce archaïque : à la fois un ensemble de citoyens, un ensemble de lois et le territoire sur lequel s'exercent ces lois.
La définition exacte à donner au mot « cité », s'agissant des Gaulois, et l'existence de frontières clairement établies entre les différents peuples de la Gaule, font cependant encore débat.
Une évolution à peu près similaire a pu être proposée chez les Celtes de Bohême (du Boiohaemum). Ces derniers possèdent alors de somptueuses résidences dans des oppida dominant la voie danubienne :
le rôle économique et religieux de ces places fortes est évident . Mais leur déclin est rapide, lié essentiellement aux luttes contre les Daces et à la pression des Germains.
Certains de ces Boïens viennent d'ailleurs en Gaule où ils participent à la guerre contre les Romains.
Pour compléter ce tableau, il faut noter l'existence de liens anciens et durables qui rapprochent les peuples occidentaux de la façade atlantique, de la Vendée jusqu'au sud-ouest des îles britanniques.
Dans ces îles britanniques, aussi, la culture matérielle révèle ce qu'on peut assimiler soit à des particularismes, soit à des archaïsmes.
L'habitat, notamment, demeure très éloigné des « villes » celtiques (Stéphane Fichtl) qu'on peut observer sur le continent :
il montre plutôt la permanence de traits hérités de l'âge du bronze. L'usage du char de guerre, abandonné sur le continent lors du développement du mercenariat celtique, au plus tard au IIIe siècle, perdure en Grande-Bretagne jusqu'à la conquête romaine. S'ils n'ont laissé aucune trace archéologique dans cette île, les mythes irlandais du haut Moyen Âge en font en état.
En résumé, que l'on compare entre elles les données archéologiques inhérentes à l'« espace » gaulois, au sens large, (en particulier les aires de diffusion des monnaies), ou encore qu'on prenne pour exemple les relations entre la Gaule Belgique et l'île de Bretagne, il apparaît qu'à large échelle un réseau complexe de relations économiques et culturelles lie les Celtes entre eux au Ier siècle avant notre ère.
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